L’EGLISE SAINT-PHILIBERT
L’attachement à la religion a de tout temps été en Vendée un principe important. C’est pourquoi ce département dispose d’un patrimoine religieux assez exceptionnel. Il est évident que les grands monuments retiennent souvent plus l’attention que les plus modestes mais il est également évident que de la cathédrale à la petite église de campagne, chaque édifice a son cachet particulier, il est témoin d’une histoire. Il est un héritage légué par les générations de croyants et il est un lien important entre ces dernières. Du haut de son millénaire, l’église Saint-Philibert de Beauvoir-sur-Mer en est le parfait exemple.
Cette église est à l’emplacement exacte ou Saint Philbert avait fait construire à la fin du VIIème siècle de notre ère un monastère bénédictin, ce qui marqua le début d’une réelle vie religieuse à Beauvoir-sur-Mer.
Philbert était un moine, puis un grand abbé du VIIème siècle. Il a notamment fondé les monastères de Jumièges et de Noirmoutier. Il naquit à Eluza, aujourd’hui Eauze, en Gascogne, vers les années 617-618. Fils unique de Filibaud qui était premier magistrat de la ville de Vic, il eut de grands maîtres pour l’instruire aux sciences. Il acquit par leurs soins toutes les connaissances capable de former l’homme pour l’esprit et pour le cœur, pour le monde et pour la religion. Par la suite, son père, qui était en très bon terme avec le roi Dagobert Ier, lui ménagea une place à la cour, ou il se lia d’amitié avec Saint Ouen. A 20 ans, Philbert, insatisfait par la vie qu’il menait à la cour, décida de consacrer sa vie à Dieu. Ainsi, après avoir fait approuver son choix par le roi, il vendit tous ses biens et distribua l’argent récolté aux pauvres et aux monastères. Il devint alors moine au monastère de Rebais. En 654, il fonda le monastère de Jumièges, près de Rouen. Lorsqu’il apprit que le maire du palais de Neustrie, Ebroïn, avait fait assassiner Saint Léger d’Autun, il alla auprès du maire afin de lui reprocher son crime. Ce dernier chargea alors Saint Ouen de faire disparaître Philbert. Celui-ci fut alors emprisonné mais sa captivité ne fut pas très dure. Ebroïn, assassiné à son tour, Philbert fut libéré peu de temps après. C’est alors qu’il se rendit auprès de l’évêque de Poitiers, Ansoald. En 675, ce dernier lui confia la mission de parfaire l’évangélisation d’une partie de son diocèse. Pour ce faire, il lui donna plusieurs domaines dont faisait notamment partie la villa d’Ampennum, actuellement Beauvoir-sur-Mer, et l’île d’Her, aujourd’hui Noirmoutier. C’est dans cette dernière qu’il fonda une abbaye bénédictine en 676. Puis, il fonda peu après le prieuré de Beauvoir-sur-Mer, avant de mourir à Noirmoutier le 20 août 685. Lors des invasions Normandes, ses reliques, jusque là restées sur l’île de Noirmoutier, ont été transportées à Tournus en Bourogne afin qu’elles soient plus en sécurité. La première escale de ce long voyage vers Tournus fut le prieuré d’Ampennum.
Les invasions Normandes qui eurent lieu du IX au XIèmes siècles furent fatales pour de nombreux édifices religieux. Ainsi, le monastère d’Ampennum fut détruit. C’est au même emplacement que l’église Saint-Philbert de Beauvoir-sur-Mer a été construite du XIème au XIIème siècle pour ses éléments principaux. A cette époque, elle avait la forme d’une croix latine avec une nef, un chœur, un transept et deux absidioles.
L’église va alors évoluer au cours des siècles avec notamment le rajout au XIVème siècle de la nef nord et la disparition de l’absidiole nord, remplacée par une chapelle. C’est à ce moment là que le célèbre portail ogival de style gothique que l’on peut admirer aujourd’hui apparaît.
Après avoir difficilement passé les guerres de religions et la Révolution française, l’église Saint-Philbert de Beauvoir-sur-Mer va encore évoluer, En effet, en 1840, étant trop petite, une troisième nef, dédiée à Sainte-Anne et cette fois-ci côté sud, va lui être rajouté. Depuis, peu de modifications ont été réalisées. Cependant, des réparations furent nécessaires. Ainsi, en 1883-1884, les quatre piliers du transept ont été refaits. De plus, l’église fut totalement restaurée entre 1970 et 1974.
L’église Saint-Philibert a donc vu défiler les siècles et certains éléments marquants de son histoire sont à signaler. Au Moyen-âge, indépendamment de sa fonction religieuse, elle fut le lieu de réunions destinées à traiter de sujets concernant la paroisse. Autre fait plus marquant encore, le 9 mai 1305, Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux célébra en son sein une messe. Le 5 juin de la même année, c’est à dire moins d’un mois après sa venue à Beauvoir-sur-Mer, ce dernier était élu Pape à Pérouse sous le nom de Clément V. Cependant, elle connut des heures plus sombres comme durant la période des guerres de religions où elle a beaucoup souffert. De plus, durant la Révolution, elle fut aménagée en caserne, en écurie et en grenier. Malgré tout, cette épisode la sauva certainement de la destruction, ce qui lui permet aujourd’hui de se dresser fièrement dans le centre de la ville qu’elle a vu évoluer. Considérée comme l’un des plus beaux éléments du patrimoine religieux vendéen et comme un chef d’œuvre de l’art roman, elle est inscrite aux monuments historiques depuis le 29 octobre 1926.

